Aller au contenu
SUISSE MOI

L’histoire

Vous proposez, je pars le faire.

C’est tout le principe. Depuis janvier 2014, ce sont des inconnus qui décident où je vais et ce que j’y fais : un défi, une rencontre, un itinéraire. Je pars, je filme, je publie.

Le nom dit d’où je viens, et c’est voulu. Au début, je cachais que j’étais suisse : l’annoncer faisait monter les prix, on devient vite un porte-monnaie sur pattes. Avec ce projet j’ai arrêté de m’en excuser. Je viens d’un pays très riche, et voyager comme je voyage, c’est aussi profiter du capitalisme. Autant le mettre dans le titre. Et puis « Suisse moi », ça s’entend comme « suis-moi », et ça se décline partout où je vais : au Mexique, c’était « Suisse moi ça, Mexique ».

Je m’appelle Sylvain Nicolier, je vis à Lausanne, je suis animateur socioculturel. En douze ans, ça a donné 159 récits, 127 reportages, 43 destinations et un million de vues. Mis bout à bout, j’ai passé plus de dix ans de ma vie en voyage.

2002-2013, avant SUISSE MOI

Deux choses ont mené là, et aucune des deux n’était sérieuse.

La première est une association pour la promotion de la bonne humeur, fondée en 2002 : Areriroru, pour Arts et rires aux rues. J’avais créé le Championnat interplanétaire de feuille-caillou-ciseaux, il fallait bien quelque chose pour le porter. Il a fini par réunir plus de 500 personnes de tous les âges.

En douze ans de coprésidence, septante événements à Lausanne. La Tatane, du lancer de chaussures à la main, à peu près de la pétanque. Des compétitions de pédalo freestyle notées par le public. Une bataille de polochons en pleine rue. Une manifestation pour interdire les manifestations. Des batailles d’eau.

Un rideur s’envole au-dessus du port d’Ouchy, devant la foule
Un rideur s’envole au-dessus du port d’Ouchy, devant la foule

C’est là que j’ai appris l’événementiel. Pas dans une école : dans la rue, avec des inconnus déguisés et un chronomètre. C’est aussi ce qui m’a fait devenir animateur socioculturel, puis organiser Lausanne sur Mer, depuis seize ans.

La seconde est un sac à dos. Depuis mes vingt ans : six mois en Suisse, six mois ailleurs, vers les destinations peu chères. L’Inde, la Malaisie, la Thaïlande, le Vietnam, le Laos, l’Indonésie, et plusieurs mois à habiter au Brésil. J’en ai ramené le français, l’anglais, le portugais, le javanais, et un peu d’allemand et d’espagnol.

Au bout d’un moment, une frustration s’installe : on traverse des pays sans jamais y entrer, et on voit ce que tous les voyageurs voient.

Je me fixais déjà des défis, sans leur donner ce nom. Rejoindre un pays en bateau-stop plutôt qu’en avion. Partir marcher une semaine là où il n’y a pas de route.

D’où l’idée : et si les défis venaient des autres ? Je me suis mis à demander aux gens du pays ce qu’ils feraient à ma place. Pas les lieux à voir, les choses à faire, celles qu’on ne trouve dans aucun guide parce qu’il faut connaître quelqu’un pour y accéder.

2013-2019, les défis

Janvier 2014, le site ouvre, au retour d’un périple en voilier-stop sur la Méditerranée et l’Atlantique enchaîné à une aventure au Maroc. Pas de vacances prévues ? Pas de souci, je pars à votre place.

Premier voyage, le Maroc. L’Atlas en 4×4, une semaine de marche dans le Sahara, les Gorges du Dadès descendues en roller, le désert en vieux vélomoteur. Puis le Togo, un mois et dix défis proposés par le public : goûter du Cenovis au marché de Lomé, se faire faire un check-up vaudou, retrouver le crocodile sacré de Bapuré, enregistrer un freestyle avec des rappeurs togolais.

Ensuite ça s’emballe. Trois mois au Mexique. La Corse, la Grèce, le Québec, la Californie, la Colombie, la Polynésie, l’Albanie, la Nouvelle-Calédonie, le Vanuatu, les Philippines, le Sénégal, Madagascar, la Namibie, le Brésil, la Tunisie, le Pérou, les Caraïbes.

Vos idées allaient du magnifique au ridicule, et c’est exactement ce qu’il fallait. Descendre un volcan mexicain en snowboard, en short. Plonger à trente centimètres de requins bouledogues. Un frontflip en snowboard tiré par un cheval. Marcher 41 kilomètres déguisé en Rahan dans le canton de Vaud.

M6 est venu filmer le principe en 2014, le 19h30 de la RTS en 2016.

Et dès le début, je n’ai plus été seul. Anastasia est arrivée dans le projet, puis dans ma vie : on s’est mariés en 2015, et depuis on voyage ensemble. Sur le générique d’un article du Québec, elle s’était elle-même créditée « cameraman, chauffeur, copilote, bloggeuse, cuisinière, couturière », ce qui résume assez bien.

Concrètement, c’est elle qui écrit les récits que vous lisez ici, et elle qui cadre les vidéos. Sans elle il n’y aurait ni texte ni image, juste quelqu’un qui part. Et de temps en temps, c’est elle qui s’y colle : le défi est pour elle et je tiens la caméra. Ceux-là sont rassemblés à part, dans les défis d’Anastasia.

2019-2026, le van

Septembre 2019, on achète un van. Un Fiat Ducato de vingt ans, ancien véhicule de la Poste. On l’appelle le Duc.

Avec Anastasia, le tour de la Suisse, puis quatre mois entre la France, l’Espagne, le Portugal et le Maroc. Ella naît le 4 mars 2020, quinze jours avant que le monde ferme ses frontières.

Le format change. Avec un bébé de six mois, on ne dit plus oui à n’importe quoi. Ce qui devient intéressant, c’est le voyage lui-même : où on dort, et comment on grimpe une voie quand il faut d’abord trouver un pied de falaise plat, ombragé et pas trop loin de la voiture.

Un mois et demi de camping sauvage en Corse avec un bébé de sept mois, en pleine psychose Covid. La Sardaigne. La Vallée d’Aoste. Iris naît en 2022, Paul en 2025.

Et un rythme s’installe. L’été, Lausanne sur Mer. L’hiver, une fois la manifestation rangée, on part. Le Maroc quatre mois à grimper et à surfer, deux fois. La Grèce. La Turquie, deux fois. Les Canaries. Et la Thaïlande, la seule sans le van, avec Paul qui avait deux mois.

Parfois on mettait deux mois à arriver en Turquie, en profitant de tous les pays sur le chemin. Et dès qu’il faisait froid, hop, on traçait vers le sud du pays, un paradis de l’escalade.

Ce qui rendait ça possible, c’est que Ella et Iris ont fait l’école à la maison. Pas de calendrier scolaire, pas de date de retour.

Ce qui s’est arrêté pendant ces années, ce n’est pas le voyage, c’est la publication. Neuf reportages en quatre ans, là où un seul voyage en donnait parfois quinze. Filmer un voyage et le vivre avec trois enfants, ce n’est pas le même métier.

2026, la suite

L’école à la maison s’arrête. Ella et Iris entrent à l’école, Paul va à la crèche. On perd ce qui rendait les longs voyages possibles, et on récupère des journées entières.

Le Duc, lui, n’a pas vu la suite : il a explosé sur l’autoroute. Remplacé par O, un Iveco aménagé sur mesure et toujours plein de couleurs. Nos deux vans ont été peints par Nicolas Bamert, alias l’Original, ce qui est drôle : c’est aussi mon surnom de capoeira. Et quand on ne s’en sert pas, il se loue.

Ce qui n’a pas bougé, c’est le sport. Du roller depuis mes onze ans, presque tous les jours, à Lausanne, qui était alors la capitale européenne du roller. Je traîne mes patins même en voyage : j’ai descendu le rocher de Gibraltar et les Gorges du Dadès en inline.

Sylvain enfant, casque couvert d’autocollants, interviewé au Téléjournal en 1995
Sylvain enfant, casque couvert d’autocollants, interviewé au Téléjournal en 1995

De la capoeira depuis mes seize ans. Dans chaque coin du monde, j’essaie de trouver une académie et de tomber sur une roda. Ça donne de l’équilibre, au sol comme en l’air, et ça sert pour à peu près tous les défis.

Une roda de capoeira : Original ramasse un marteau de Luciano
Une roda de capoeira : Original ramasse un marteau de Luciano

Et chaque été, Lausanne sur Mer : l’événement que j’aurais voulu trouver quand j’étais gamin. Du parkour, des acrobaties, de l’apnée, des sports qu’on n’a nulle part ailleurs, tous les jours, pendant les vingt-deux jours des vacances d’été. Avec une équipe qui revient d’année en année et qui fait un peu partie de la famille.

La suite ? Plus court, plus près, plus dense. Peut-être des défis à nouveau, et peut-être avec eux, cette fois. Elle s’écrit ici.

Avant, et autour

8 vidéos

Les happenings et les archives d’avant SUISSE MOI.